L'ancien eurodéputé et ex N.2 du FN, Bruno Gollnisch, à la cour d'appel de Paris, le 14 janvier 2026 ( AFP / Thomas SAMSON )
Bruno Gollnisch, ancien numéro deux du Front national, a bien voulu reconnaître une "organisation", à défaut d'un "système", dans l'attribution des contrats d'assistants parlementaires des eurodéputés du parti, lundi, devant la cour d'appel de Paris.
Devant ses juges, celui qui est apparu pendant des années comme le dauphin de Jean-Marie Le Pen - ce dernier avait cruellement relevé que le destin du cétacé était "parfois de s'échouer" - a entendu proposé une comparaison davantage flatteuse: un "gyrovague", soit un moine dans l'errance passant de monastère en monastère sans être membre d'aucun.
Il s'agit de convaincre la cour d'appel que l'ex-eurodéputé - il a siégé dans l'hémicycle communautaire de 1989 à 2019, mais la période des faits reprochés se borne de 2004 à 2016 - partageait son temps entre son domicile de Lyon, Bruxelles et Strasbourg.
Qu'importe, dès lors, pour lui, que ses assistants parlementaires eurent leur bureau à "Montretout", ce manoir de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) où Le Pen et les siens avaient l'habitude de travailler.
Certes, mais pour qui?, s'interroge en substance la cour depuis quinze jours, le Parlement européen et l'accusation soupçonnant lesdits assistants, rémunérés par des enveloppes européennes, de n'effectuer une activité qu'au bénéfice du seul parti.
Le détournement de fonds publics, reconnu en première instance, a valu une condamnation du RN, de Marine Le Pen - à date inéligible - et de dix cadres, dont Bruno Gollnisch, notamment condamné à un an de bracelet électronique.
- "Vases communicants" -
Du reste, l'image du "gyrovague" sied également à ces assistants, eux aussi dans l'errance, passant d'eurodéputés FN en eurodéputés FN, sans sembler être sous les ordres d'aucun. Ou des "vases communicants", selon l'expression de la présidente de la cour, Michèle Agi.
C'est Yann Le Pen, fille cadette de Jean-Marie Le Pen, assistante de Bruno Gollnisch et qui obtient une prime ès qualité, mais octroyée par sa présidente du parti de sœur, Marine Le Pen. "Ça n'est pas elle qui l'emploie, on a quand même le sentiment d'un mélange des genres", soupire la magistrate.
C'est aussi Guillaume Lhuillier, un autre assistant dont la réalité du travail pour M. Gollnisch n'a pas été mise en évidence. "Il eut fallu qu'il travaillât sous l'œil permanent d'une caméra vidéo?", proteste son ancien patron officiel... avant que la juge ne rappelle qu'un annuaire interne au parti le présentait comme "directeur de cabinet" de Jean-Marie Le Pen.
C'est encore Micheline Bruna, elle-aussi supposément "assistante parlementaire de M. Gollnisch" pendant trois ans, puis soudainement rattachée à mi-temps à l'eurodéputée Marine Le Pen. Mais toujours "assistante personnelle" du "Menhir", selon le même annuaire.
"C'est ce qu'on appelle des éléments de contexte", ironise Michèle Agi, avant de souligner le caractère "confus" de la situation. Bruno Gollnisch: "Ça l'a été pour nous aussi!".
- "Ca fait délictueux" -
Pourtant, l'ex-numéro deux du parti à la flamme avait quelques minutes plus tôt défendu une "organisation" - mais pas un "système", "ça fait délictueux".
Bruno Gollnisch (G) et Jean-Marie Le Pen le 16 avril 2019 au Parlement européen à Strasbourg ( AFP / FREDERICK FLORIN )
Le principe? Une "mutualisation" des assistants parlementaires, réunis dans un "pool" à Montretout, que Bruno Gollnisch désigne comme le "siège du bureau politique et (euro-)parlementaire" et, par ricochet, du "secrétariat" de celui-ci.
"J'ai mis mes assistants parlementaires à la disposition de ce secrétariat", "il m'est apparu naturel de les placer dans cette espèce de vigie", développe Bruno Gollnisch, reconnaissant qu'"ils avaient évidemment un contact fréquent avec Jean-Marie Le Pen, qui était le président de notre groupe, mais venait moins souvent à Bruxelles".
La présidente bondit: "Vous les avez mis à disposition du secrétariat politique, à Montretout, et sous l'égide de Jean-Marie Le Pen, donc il n'y a pas de lien de subordination avec vous!". Bruno Gollnisch: "C'est une espèce de détachement...".
Et, pour l'ancien numéro deux, qui doit fêter ses 76 ans mercredi, "c'était organisé, c'était précis: utiliser au mieux la dotation" du Parlement européen.
Marine Le Pen et Bruno Gollnisch, le 6 octobre 2022 à Paris ( AFP / Alain JOCARD )
Quelle était la marge de manœuvre des eurodéputés face à la volonté du président du Front national, puis de sa successeuse, Marine Le Pen, finalement préférée au dauphin?
"Monsieur Le Pen était volontiers impérieux, et sans doute cette qualité ou ce défaut est passé dans sa filiation par descendance", a cabotiné Bruno Gollnisch. En s'attribuant pour sa part "retenue et ambivalence", "le propre des hommes de compromis".

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